CERTIFICATION EN LANGUE

Déclaration commune AECIUT-APLIUT

L’APLIUT, confirmant sa position exprimée dans le texte de 2007,
s’associe à l’AECiut sur cette déclaration commune :
• Les certifications en langue étrangère, notamment l’anglais
(TOEIC…), et même désormais la langue française
(Certification Voltaire) se sont imposées, ou tentent de le
faire, dans le paysage universitaire français. En effet, au nom
d’un impératif socio-économique (dynamiser les exportations
et les échanges internationaux, renforcer la réussite des
étudiants), et d’une logique de démarche qualité, il est tentant
pour les universités, à l’instar de beaucoup d’écoles
d’ingénieur, ou d’écoles de commerce, de faire labelliser leurs
formations en les faisant accréditer par des organismes
internationaux.
• Cette recherche de la qualité et de l’excellence est un objectif
louable. Mais il est foncièrement étrange de conclure que les
enseignants de langue sont toujours considérés comme des
non spécialistes, puisqu’on tente de leur imposer
régulièrement une évaluation extérieure, le plus souvent
effectuée par des organismes anglo-saxons privés, et qu’on
leur dénie en conséquence la capacité à évaluer eux-mêmes
le niveau de langue de leurs étudiants. Attitude d’autant plus
étrange qu’on n’imagine pas un enseignant de mathématiques,
de physique nucléaire, de géophysique ou de psychologie
sociale faire évaluer ses étudiants par de tels organismes.
• De plus, ces certifications posent de réels problèmes au
moment où les instituts universitaires technologiques, déjà
bien avancés sur le sujet, mettent en place un peu partout des
approches programme fondées sur l’acquisition de
compétences. En effet, être compétent en langue, c’est être
capable de mobiliser ses connaissances dans des situations de
communications variées afin d’affronter les situations diverses
du monde professionnel. Or, l’approche structuropsychométrique telle qu’elle utilisée par le Test of English for
International Communication (TOEIC) et Test of English as a
Foreign Language (TOEFL) – réduit les enseignements à des
entrainements intensifs pour réussir ces tests. Cette approche
très réductrice ne permet pas de former les étudiants à une
réelle capacité à interagir. Il en va de même pour des
certifications en langue française qui ne sauraient évaluer
sérieusement les multiples compétences que doit mettre en
œuvre un étudiant en termes de communication écrite et
orale. Seuls un enseignement et une évaluation qui permettent
de simuler des situations d’échanges crédibles et relativement
complexes sont un gage de réussite dans le cadre d’une
approche qui souhaite attester des compétences.
• Ajoutons que c’est aux équipes pédagogiques, en appui avec
les différents partenaires institutionnels et internationaux de
déterminer elles-mêmes le contenu d’un certificat, tant à un
niveau interne à l’établissement qu’à un niveau plus large.
• Certes, tout enseignant est libre d’utiliser tel logiciel et de
faire passer telle accréditation. Mais L’APLIUT ainsi que
l’AECIUT refusent catégoriquement toute imposition d’une
certification extérieure émanant d’un organisme privé, au
nom d’une conception républicaine et éthique de
l’enseignement, qui doit laisser la liberté pédagogique aux
acteurs concernés, et essayer de conserver au maximum la
gratuité des études.
• Ainsi, depuis de nombreuses années, les enseignants de
langue réclament le droit d’attester eux-mêmes du niveau de
leurs étudiants selon le CECRL et notamment par la mise en
place d’une mention langue sur leur diplôme, ou, à défaut, de
considérer que le système de notation interne suffit à définir
le niveau de langue en question.

Assemblée Générale, le 1er juin 2018 à Toulouse
J. Farigoux, Présidente de l’APLIUT

Réactions sur la question de la certification

Cher M. Rotgé, cher.e.s membres du bureau de la SAES,

Nous souhaitons réagir à la diffusion le vendredi 15 février dernier d’un communiqué du bureau de la SAES concernant la question de la certification, dans le cadre de la mise en place du dernier arrêté « licence » du 30 juillet 2018.
Nous souscrivons pleinement aux raisons du désaccord : pression démesurée exercée sur les anglicistes du secteur LANSAD, rétrécissement annoncé de ce secteur sur une langue unique, dégradation de notre discipline par le truchement de tests QCM, main mise à très grande échelle d’une multinationale sur des programmes universitaires.
Face à ce constat, le bureau de la SAES promeut le CLES, une certification qui suscite un réel attrait, essentiellement lié au fait qu’elle soit publique. Mais cette modalité ne saurait être envisagée comme l’unique réponse proposée par notre communauté.
Comme toute certification déployée massivement dans des établissements ayant vocation à former à une très grande variété de disciplines, le CLES produira, comme les autres, les effets pervers de la standardisation d’une discipline vers une norme unique. Cette norme, dont on peut penser qu’elle sera le CLES B2 pour la licence, n’est souhaitée ni par le monde socio-économique et universitaire (en recherche de personnes capables d’affronter immédiatement les réalités discursives liées à des domaines universitaires et professionnels divers), ni par les anglicistes de spécialité (engagés depuis de nombreuses années dans la conception de programmes sur mesure, en phase avec ces réalités discursives). Par exemple, le CLES B2 ne permet pas de savoir si une jeune archéologue pourra exercer son métier dans une langue étrangère (savoir mobiliser des concepts en histoire de l’art et savoir communiquer dans plusieurs langues sur un site de fouilles à l’étranger). Le CLES B2 ne permet pas non plus de savoir si un jeune technicien informatique saura résoudre un problème technique en anglais. Pourtant, ces compétences sont des attendus tout à fait légitimes.
Un autre effet pervers de la généralisation d’une certification unique, aussi publique soit-elle, est son coût considérable, qui devra être porté soit par les étudiants eux-mêmes, soit par les universités. Il faudra rémunérer les collègues mobilisés pendant des jours entiers et recruter ou mobiliser du personnel administratif pour organiser des sessions concernant des milliers d’étudiants sur plusieurs semaines. L’ensemble alourdira le travail des équipes d’anglicistes parfois exsangues dans certaines composantes et pourrait amener ces dernières à supprimer les cours d’anglais de spécialité, afin de faire face à ces nouvelles dépenses dans un cadre budgétaire « à moyens constants ».
Un troisième effet pervers que nous souhaitons souligner est l’inévitable standardisation des connaissances dans un secteur d’enseignement dont la richesse repose précisément sur la diversité des disciplines et la diversité des enjeux des niveaux des compétences propres à chacune d’elles. Il deviendra alors très difficile de justifier l’existence de formations sur mesure qui, logiquement, remportent un grand succès auprès des spécialistes des disciplines et auprès du monde extérieur à l’université.
Nous en venons à un dernier effet qui découle des précédents : l’affaiblissement considérable d’une branche active de notre communauté, celle de la recherche en anglais de spécialité et de sa didactique. Comment motiver à long terme une recherche aussi fondamentale pour le secteur LANSAD si les formations pour un diplôme comme la licence convergent toutes en direction d’une norme pensée à l’avance ?
Nous souhaitons donc contribuer activement au débat au sein de la SAES sur la base des propositions suivantes :