1) Le contexte

La rentrée 2021 va accueillir la première cohorte d’étudiants du nouveau BUT. En effet, le programme du DUT en deux ans est en train d’être transformé en programme national d’un Bachelor Universitaire de Technologie en trois ans. Il s’agit de refondre le programme dans une Approche Par Compétences (APC). Après des mois de mise en veille dus à la pandémie, le travail s’accélère en cette rentrée 2020 et le référentiel de compétences doit être validé pour les différentes spécialités des IUT. Si, pour l’instant, les équipes se concentrent sur l’écriture de la première année, sur le passage du référentiel de compétences au référentiel de formation, la réflexion doit aussi commencer pour l’écriture des deux années qui suivent et sur les déclinaisons en adaptation locale. Alors que les équipes ont du mal à s’approprier le vocabulaire et l’esprit de l’approche par compétences, il a semblé opportun et essentiel à l’APLIUT de proposer des rencontres qui aideraient chaque partie prenante à se saisir des concepts et à co-construire des nouveaux programmes nationaux.

2) Les webinaires

Les 24 septembre et 1er et 8 octobre, avec le soutien et la participation active de l’IUT d’Annecy en la personne du responsable du Centre de Compétences et des Métiers de l’IUT d’Annecy, Eric Giraudin, de l’équipe technique et des ingénieurs pédagogiques du département Apprendre et du NCU PIA3 @spire de l’Université Savoie-Mont Blanc[1], l’APLIUT a proposé à la communauté de réfléchir ensemble à l’approche par compétences et à l’intégration des langues, de l’international et de l’interculturel dans les nouveaux programmes. Les documents de référence sont en consultation libre sur : https://padlet.com/eric_giraudin/apliut2020

 

Il s’est d’abord agi de définir pour tous un langage commun en mettant au clair les éléments clés de l’APC. Le premier webinaire a fait le point sur les concepts et le vocabulaire – les langues ne sont pas des soft skills. L’interculturel et les attentes des professionnels ont aussi fait partie des présentations. Le travail de réflexion autour de l’intégration raisonnée des langues, de l’interculturel et de l’international a ensuite pu commencer : comment inscrire ces thèmes dans les compétences et les composantes essentielles.

Le deuxième webinaire a permis de continuer la réflexion en travaillant sur des propositions concrètes d’intégration de ces thèmes dans des Situations d’Apprentissage et d’Évaluation (SAÉ).

Et le troisième webinaire a fait la synthèse du travail de groupe des sessions précédentes.

3) La synthèse

Des échanges, des discussions et du travail collaboratif, des éléments sans doute essentiels à la construction nationale des programmes sont ressortis.

*Les enseignants et les intervenants doivent se recentrer sur les étudiants, sur les compétences dont ces derniers doivent faire la preuve tout au long de la formation et également en fin de cursus. Il s’agit de raisonner en termes de « savoir-agir complexes » et non en termes de savoirs mnésiques liés à des matières séparées.

*Il faut réfléchir en partant de l’objectif à atteindre, c’est-à-dire la compétence à maîtriser en respectant les composantes essentielles qui lui sont liées en tant que qualités observables témoignant de sa complexité. Notons qu’il faudra également tenir compte d’autres éléments structurants de la compétence telles que les situations professionnelles qui leur sont associées, les niveaux de développement à atteindre progressivement grâce à des apprentissages qui transformeront l’étudiant, communément appelés en APC : les apprentissages critiques. Dans cette optique, il faut considérer les langues, l’international et l’interculturel comme partie prenante de certaines compétences – sans doute pas de toutes – et proposer alors des SAÉ qui finalisent cette intégration dans un savoir-agir complexe validé par une évaluation.

*Des questions ont émergé sur la difficulté des évaluations, individuelle ou collective, et sur la nécessité de réfléchir en amont à la manière la plus adéquate de valider les éléments de la compétence.

*Les participants ont aussi fait le constat de la richesse des échanges lorsque le groupe était composé d’enseignants d’horizons divers ; il y a un véritable enrichissement à un échange interdisciplinaire.

4) Les préconisations

Si beaucoup s’accordent à penser que les langues sont « partout », il faut aussi s’interroger sur ce « partout » selon l’approche APC. Loin de la distinction faite dans les fiches RNCP, il n’y a plus de compétences transverses en APC, mais comment intégrer les langues, l’international et l’interculturel dans l’esprit de l’APC ?

Une première étape est de faire inscrire « international » dans les compétences quand cela est possible et logique ; ou dans un deuxième niveau, dans les composantes essentielles – en prenant garde à ce que cela ait un vrai sens dans le savoir-agir complexe que devra valider l’étudiant. L’international peut également être visible et travaillé dans les apprentissages critiques. En d’autres termes, il faut (au-delà de l’inscription) proposer des SAÉ (Situations d’Apprentissage et d’Évaluation) qui combinent langues et/ou international et/ou interculturel avec un ou plusieurs autres enseignements et qui seront calibrées selon leur positionnement par rapport à un niveau de développement d’une compétence. Attention toutefois à bien veiller à l’alignement pédagogique : cohérence entre les objectifs visés par ces SAÉ (quels apprentissages ou niveau de compétence du référentiel visé, quelles situations professionnelles les caractérisent…), modalités de mise en œuvre et évaluation (quels livrables, quelles traces, quels critères…).

Si l’approche demande un changement de point de vue et un travail en équipe pluridisciplinaire plus engagé, elle n’en reste pas moins en construction à partir d’un existant. Peut-être faudrait-il faire un état des lieux des projets, des activités précédemment menées dans le cadre du DUT et associant déjà enseignant de langue et enseignant de spécialité. Cet état des lieux peut être fait dans le réseau IUT entre les enseignants d’une même spécialité ou dans un IUT entre collègues de langues et responsables RI, voire à l’échelle d’une université entre collègues du secteur LANSAD[2] et RI. On peut penser que de telles rencontres ouvrent des discussions, des collaborations, et, in fine, une émulation qui pourrait entraîner les collègues non linguistes encore réticents au travail en collaboration.

Enfin, le premier livrable est le programme de la première année mais, dès le printemps 2021, les réflexions se feront sur les deux années suivantes et plus précisément sur l’adaptation locale – qui pourra aller jusqu’à 30%. Si des discussions ont déjà été lancées, si des échanges entre collègues linguistes et non linguistes ont été amorcés, alors peut-être que s’ouvriront de nouvelles opportunités en adaptation locale pour une intégration de la dimension internationale et interculturelle, dans une dynamique de montée en compétence des étudiants.

5) L’avenir

La construction du BUT rassemble bon nombre d’enseignants : ne laissons pas nos collègues non linguistes prendre en charge les langues et l’international. Les membres de l’APLIUT se devraient de travailler ensemble à ce qui est la parfaite illustration de la mission de l’association : « la défense et la promotion de l’enseignement des langues dans les IUT. »

Soyons donc constructifs : mettons en place des réunions de travail et invitons nos collègues des autres disciplines pour définir des SAÉ selon les spécialités ; travaillons sur l’intégration dans le BUT  des modalités actuelles de la mobilité ; relevons les défis et saisissons les opportunités que nous offre un monde de plus en plus internationalisé.

 

L’APLIUT devrait être capable d’apporter aux ACD et à l’ADIUT des documents « mode d’emploi » pour l’internationalisation des parcours. Une manière de montrer qu’au-delà de l’opposition, la défense passe aussi par la co-construction.

Merci de faire connaître au bureau de l’association, les initiatives, les groupes de travail que vous souhaitez mettre en place.

 

 

Pour l’APLIUT

Joëlle Farigoux, Présidente

[1] Un grand merci aux organisateurs : Paul Jones (IUT, APLIUT), Eric Giraudin, (IUT), Arnaud Pascal (@spire), Yannick Vidal (@spire), Reinaldo Saavedra-Gomez (Apprendre), Christophe Martinetti (TETRAS).

Merci également aux collègues qui ont bien voulu laisser des commentaires sur ces journées.

[2] LANgues pour Spécialistes d’Autres Disciplines